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La société civile
africaine comprenant des syndicats, des organisations
des agriculteurs, des organisations des femmes, des
organisations religieuses des ONG et d’autres
organisations s’est réunie du 16 au 19
Août 2005 à Accra sous l’égide
du Réseau d’Afrique sur le Commerce pour
délibérer sur les défis qui se
posent aux pays africains dans le cadre des négociations
en cours à l’OMC et en particulier sur
les préparatifs en prévision de la Conférence
Ministérielle de Hong Kong. Nous avons adopté
les conclusions et revendications suivantes:
Nous réaffirmons notre droit fondamental de
mettre en œuvre des politiques favorables au développement
de nos économies et de préserver les droits
sociaux et moyens de subsistance de nos populations.
Au cours des deux dernières décennies,
les institutions internationales telles que la Banque
mondiale et le FMI ont mis péril ces droits.
Les politiques économiques de libéralisation
et de déréglementation imposées
par ces institutions ont entraîné l’effondrement
des économies et des dégâts sociaux
et environnementaux. Des tentatives en vue de la poursuite
de ce processus dans des formes encore plus pernicieuses
sont en cours à l’OMC.
Quatre années se sont écoulées
depuis que le fameux programme de développement
de Doha a été lancé. Durant cette
période, aucun progrès n’a été
réalisé au titre des préoccupations
de développement des pays africains et d’autres
pays en développement qui ont été
pourtant proclamées comme les éléments
essentiels du succès du programme de Doha. Les
pays développés de l’OMC ont contrarié
tout effort visant à corriger les déséquilibres
fondamentaux du régime de l’OMC qui ont
contribué au bouleversement des économies
et des populations des pays africains et d’autres
pays en développement et ont poursuivi leur tentatives
d’imposer les besoins de leurs propres économies
et de leurs sociétés au reste du monde.
Deux après la résistance des gouvernements
des pays en développement à cette tendance
qui a contribué à l’échec
dramatique de la 5ème Conférence Ministérielle
tenue à Cancun, l’arrogance et le principe
de deux poids deux mesures des grandes puissances demeurent
des caractéristiques clés des négociations
à l’ OMC. Comme le témoignent leurs
propositions, les pays industrialisés membres
de l’OMC continuent de faire pression sur les
pays en développement pour qu’ils prennent
davantage d’engagements de libéralisation
dans leurs secteurs industriels, agricoles et des services
alors que ceux-ci s’obstinent à maintenir
leurs avantages et protection.
Au fur et à mesure que la Conférence
ministérielle approche, ces pays vont certainement
subir davantage de pressions et seront confrontés
de manière plus intense aux tactiques manipulatrices,
non transparentes et non démocratiques qu’utilisent
constamment les pays développés pour s’imposer.
Nous rejetons ces tentatives destinées à
éliminer l’autonomie de nos pays en matière
d’élaboration de politiques et à
mettre en péril notre développement économique
et nos droits sociaux. A cet effet nous faisons les
déclarations suivantes:
Accès aux marchés pour les produits
non agricoles
Les industries africaines ont été détruites
par deux décennies de mise en œuvre des
politiques de libéralisation du commerce imposées
par la BM et le FMI. Les négociations sur l’accès
aux marchés pour les produits non agricoles vont
aggraver la situation si les pays développés
arrivent à obtenir des réductions drastiques
et la consolidation des tarifs dans les pays africains
et d’autres pays en développement. Cela
va supprimer les politiques tarifaires, un élément
nécessaire au développement industriel,
à un moment où tant d’autres options
de politique ont été déjà
supprimées dans le cadre des accords de l’OMC.
Nous exigeons donc que les pays africains n’acceptent
pas et qu’aucune pression ne soit exercée
sur les pays africains pour les amener à accepter
les propositions de réduction des tarifs que
les pays industrialisés préconisent. On
doit au contraire leur permettre de déterminer
le niveau et l’usage des tarifs et d’autres
politiques connexes.
Agriculture
L’agriculture est très importante pour
les besoins de sécurité alimentaire, de
développement rural et de moyens de subsistance
dans les pays africains. Face aux négociations
en cours à l’OMC, les pays africains risquent
d’être obligés d’ouvrir leurs
marchés aux exportations agricoles provenant
des pays développés alors que ces derniers
continuent de protéger leurs marchés.
Pire encore, les pays africains et d’autres pays
en développement vont faire face aux subventions
inéquitables des pays développés,
qui entraînent le dumping des produits artificiellement
moins chers sur leurs marchés, le déplacement
des agriculteurs et la perte des moyens de subsistance.
Nous exigeons que les pays africains ne réduisent
pas davantage les tarifs imposés aux produits
agricoles. Par ailleurs, ils doivent avoir le droit
de bénéficier des mesures comme les mécanismes
de sauvegarde et le droit de désigner leurs produits
spéciaux en vue de renforcer davantage leur capacité
à protéger leurs producteurs locaux quand
ils le jugent nécessaire. Parallèlement,
les pays développés doivent supprimer
toutes les subventions qui leur permettent d’inonder
nos marchés et le marché mondial avec
des produits artificiellement moins chers et de bouleverser
nos économies.
Services
Les services sont d’une importance capitale pour
notre développement économique. De plus,
les services essentiels tels la santé, l’éducation
et l’eau sont des droits fondamentaux dont l’accès
doit être assuré à tous. La BM et
le FMI ont imposées des politiques de libéralisation
et de déréglementation qui ont déjà
permis de transformer quelques-uns de ces services essentiels
en des sociétés à but lucratif,
privant ainsi une grande majorité des citoyens
des pays africains de ces services. Au même moment,
grâce à la libéralisation et à
la déréglementation, les services sont
aux mains des sociétés étrangères
privées et sont donc soumis à des considérations
économiques externes, compromettant ainsi leur
rôle dans le développement d’une
économie interne intégrée.
Les pays développés veulent renforcer
ce processus en faisant pression sur les pays africains
et les autres pays en développement pour qu’ils
ouvrent beaucoup plus de secteurs de service et prennent
des engagements à cet effet dans le cadre de
l’Accord Général sur le Commerce
des Services.
Nous invitons nos gouvernements à ne pas répondre
aux demandes de libéralisation plus poussée
des pays développés et à résister
à toute contrainte de prendre des engagements
au titre de la libéralisation unilatérale
qu’ils mettent en œuvre sous la pression
du FMI et de la BM car cela peut les enchâsser
à l’ OMC et les rendre irréversibles.
Traitement Spécial et Différencié
et Questions de mise en œuvre
Les propositions faites par les pays africains et d’autres
pays en développement afin de renforcer de leur
droit au traitement spécial et différencié
et de trouver des solutions aux problèmes de
mise en œuvre des accords existants de l’OMC
ont été complètement marginalisées.
Ces questions sont sur le point de disparaître
du programme de travail de Doha. Nous revendiquons la
réinsertion de ces questions essentielles de
développement au premier plan des négociations
de l’OMC.
Les Négociations des APE et la compatibilité
avec l’OMC
Les pays développés, les Etats-Unis et
l’Union Européenne en particulier ont recours
aux accords bilatéraux et régionaux sur
le commerce avec d’autres pays en développement
en vue de réaliser les objectifs qu’ils
n’ont pas pu atteindre à l’OMC. Dans
le contexte des négociations des APE, l’Union
Européenne s’efforce d’imposer les
questions de Singapour aux pays africains et de les
obliger à ouvrir leurs marchés aux produits
et services européens au-delà des exigences
de l’OMC et mettre en péril les économies
africaines et les efforts d’intégration
régionale.
Nous soutenons la position adoptée par les
ministres africains du commerce au Caire en ce qui concerne
les négociations des APE. Dans le contexte de
l’OMC nous soutenons la revendication relative
à la modification de l’article XXIV du
GATT afin en vue d’éliminer la clause de
réciprocité dans le cadre des accords
commerciaux entre les pays développés
et les pays en voie de développement, y compris
entre les pays africains et l’UE.
Processus
Les négociations actuelles sont très défavorables
aux pays africains en raison des processus et méthodes
non transparentes et non démocratiques telles
les réunions mini ministérielles et les
réunions de petits groupes de pays dont les pays
africains sont exclus. Ces méthodes et processus
s’intensifient et vont s’accentuer davantage
car les pays développés essaieront de
trouver des solutions aux questions controversées
avant la conférence de Hong Kong. Nous invitons
les pays africains à rejeter tous les résultats
des réunions auxquelles ils n’ont pas pris
part. Nous exigeons des mesures qui vont rendre les
processus de l’OMC démocratiques transparents
inclusifs et responsables.
Par ailleurs, compte tenu des tentatives constantes
des pays développés de diviser les pays
africains et d’autres pays en développement
et de mettre en péril leur unité, nous
invitons instamment nos gouvernements à renforcer
leur unité conformément à l’esprit
de Cancun et à consolider les alliances existantes
De plus, nous invitons nos gouvernements à
assurer que les positions et mandats nationaux pour
la conférence ministérielle de Hong Kong
sont issus des débats et discussions avec les
organisations populaires et avec les parlements nationaux.
Nous invitons les organisations de la société
civile à demeurer fermes dans leurs revendications
auprès de leurs gouvernements pour protéger
et promouvoir les intérêts des populations
à tout moment et à tout prix. |